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Interrogations sur un mythe fondateur : L’arabité
Par lahcen Il ya 1 Année
Arabe est un terme dont les contours et limites manquent de précision. Le terme arabe ne définit donc ni une nationalité unique ni une religion unique. La tendance à considérer les Arabes sous l’angle de la religion est due au fait que le Coran, texte sacré de l’Islam, fut révélé en arabe et les Arabes étaient les premiers à répandre l’Islam dans plusieurs coins du monde. Le terme arabe est un terme qui suscite des controverses. De façon générale, un Arabe est défini comme celui dont la langue maternelle est la langue arabe. Plusieurs écrivains se penchèrent d’ailleurs sur la définition du terme arabe.
Exploration généalogique
Ibn Khaldoun utilise une définition généalogique en limitant le terme arabe à ceux dont les origines remontent aux anciens habitants de la péninsule arabique. Il définit les Arabes à la fois par leur langue commune et le mode de vie de la bédouinité en faisant la distinction entre les bédouins et les citadins ou sédentaires. Les premiers mènent une vie purement nomade comme des éleveurs des chameaux et les derniers commencent à s’acheminer vers la civilisation. Le groupement solidaire est la source de la force des bédouins. Leur accession au mode de vie sédentaire entraîne un affaiblissement progressif de l’esprit du groupe. La civilisation en tant que mode de vie sédentaire est l’ennemi des bédouins, engendrant une désarabisation des structures sociales, de la langue et même de la race. Le mot arabe était souvent considéré comme synonyme de bédouin. On donnerait ce nom non pas aux citadins ou aux cultivateurs mais au membres des tribus qui, ayant émigré de l’Arabie à l’Egypte ou d’autres pays, étaient demeurés nomades. Pour Edward Atiyah dans The Arabs, les Arabes sont:
Un peuple nomade habitant la péninsule Arabe, une branche du groupe linguistique héréditaire qui a donné naissance également aux juifs. Des nomades arabes sont encore, non seulement dans la péninsule Arabe elle-même, mais également en Jordanie, en Syrie, en Irak, et en Afrique du nord. Ils sont connus comme bédouins
Originellement ce terme arabe désigne les bédouins, anciens habitants de la péninsule arabe qui menaient une vie tribale dans des tentes et se déplaçaient en utilisant des chameaux. Israël Ephal dans The Ancient Arabs : Nomads on the Borders of the Fertile Crescent, entama une enquête sur les Arabes et confirma que le nom fréquemment utilisé pour désigner les nomades vivant dans l’Arabie depuis le premier millénaire avant Jésus Christ est ‘Arabes’. Les pays voisins de la péninsule arabique appelaient les habitants de la péninsule arabique du nom ‘Aribi’, ‘Arabi et Arubu ’. Ce terme apparut pour la première fois dans des sources assyriennes dans une inscription du Shalmaneser III . Il est mentionné dans la bible dans les textes parlant de la période salomonique. Ce terme était employé au début pour désigner exclusivement les habitants de la partie nord de l’Arabie et du croissant fertile ; comme les bédouins s’étaient déplacés aux territoires de la population sédentaire du sud de l’Arabie, le terme désigne toute la population de la région.
Définition culturelle et étymologique.
Dans Encyclopédie Universals, on trouve la définition suivante :
On appelle’ Arabes’ une ethnie que caractérise essentiellement l’usage de la langue arabe. Cette ethnie occupait, au moins depuis la seconde moitié du 1er millénaire avant J-C la péninsule arabique, à l’exception du sud de celle-ci. Elle a eu tendance à déborder sur les limitrophes au nord péninsule dés une antiquité reculée. A partir de la conquête musulmane, cette expansion a abouti à l’assimilation (arabisation) de très nombreuses populations.
Maxime Rodinson dans Les Arabes essaya d’éclaircir cette notion d’arabe à travers les critères de la langue, la culture et la conscience de l’arabité. Le critère fondamental qui définit l’appartenance à l’ethnie arabe est le fait de parler un dialecte de la langue arabe comme langue naturelle. La langue arabe est considérée comme langue officielle dans les constitutions de plusieurs pays arabes dans la péninsule arabique, l’Afrique du nord ou la partie de l’Asie qu’on appelle le croissant fertile. C’est la langue officielle dans le domaine administratif, littéraire et culturelle. Suivant le raisonnement logique, un arabisé peut parler parfaitement l’arabe et être d’une autre origine. Ce n’est pas alors la langue qui détermine l’arabité ; mais c’est plutôt l’origine car un individu peut être arabe si son origine est bien établie tout en parlant mal l’arabe. Le plus essentiel de ces critères est la conscience de l’identité arabe qui se traduit par l’identification avec l’histoire arabe et la revendication de la conscience de l’arabité qui l’ensemble des comportements, des rites et des coutumes socialement acquis et transmis dans tous les domaines. Autrement dit, le fait de manifester un sentiment d’appartenance à la collectivité humains des arabophones en s’attachant à la langue arabe, la culture arabe et l’organisation sociale qui reflète l’esprit du groupe et qui est lié à la civilisation et au mode de vie des premiers arabes de la péninsule arabique est une manière d’exprimer son arabité . L‘Islam joua évidemment un rôle primordial dans la construction de l’identité arabe. L’ethnie arabe fut le noyau et le diffuseur de l’Islam ; mais c’est une erreur de dire que tous les Arabes sont des musulmans ou tous les musulmans sont des Arabes. Parmi les Arabes on trouve des communautés chrétiennes en Egypte, au Liban, en Syrie et en Palestine et des quartiers juifs dans la plupart des grandes villes arabes.
Le terme arabe englobe tous les habitants de la péninsule arabique et leurs descendants qui habitent les autres pays arabes comme un groupe ethnique. Aujourd’hui le terme désigne un groupe culturel qui inclut tous les habitants du monde arabe du Moyen Orient à l’Afrique du nord qui fut arabisée par les conquêtes arabo-islamiques. Ce processus d’arabisation se produisit à travers l’établissement de la langue arabe comme langue officielle dans les pays conquis et la conversion de la majorité de la population à l’Islam ainsi que par le mariage mixte. Ce sont les liens linguistiques, culturels et institutionnels qui unissent les habitants des pays arabes, puis leur unification sous le drapeau idéologique de l’Islam . Il s’agit donc d’une communauté linguistique et culturelle avec une combinaison de types raciaux. Les Arabes, que l’on peut estimer à plus de 200 millions ne forment pas une race. Ils offrent des caractères ethnographiques et sociologiques largement partagés avec d’autres ethnies. Une conscience unitaire n’a été acquise par eux qu’à l’époque contemporaine. Pour l’élucidation de cette idée nous citons en exemple, les coptes en Egypte, les berbères au Maghreb et les maronites au Liban.
Les Berbères
Les berbères sont les descendants des anciens habitants de l’Afrique du nord où la majorité des berbérophones est fixée . Ils peuplaient les plaines, les montagnes et les plateaux et construisaient leurs demeures de pierres et d’argiles. S’adonnant à la vie nomade, ils gagnaient leur vie en élevant des moutons et des bœufs. Les berbères occupèrent un espace très large, allant de l’océan Atlantique à l’Egypte, et des cotes méditerranéennes aux pays d’Afrique noire. Cet espace fut, au cours des siècles, arabisé sous l’avancée lente de l’Islam. La langue berbère est toujours parlée dans un grand nombre des régions, maintenant sa présence dans les pays du Maghreb où la population actuelle du Maroc est essentiellement berbère avec une estimation de 50°/° des berbérophones . Les tribus auxquelles ce nom de berbère est généralement donné peuvent être divisées en plusieurs groupes comme ‘Irifen’ dans la région du Rif, les ‘Shleuh’ dans la partie du haut Atlas, et les ‘Imasighen’ dans le nord-est du pays. Les dialectes parlés par ces tribus ont des différences qui peuvent être phonétiques, aussi bien que lexicales. La langue arabe est devenue cependant dominante : d’abord en tant que langue officielle du gouvernement, de l’administration, de la religion et puis comme la langue des couches culturellement et socialement plus élevées.
En Algérie, la Kabylie est une région un peu exclusivement berbérophone. Elle compte seule plus des deux tiers des berbérophones algériens. Les autres groupes berbérophones significatifs sont : les Chaouias, les Mzab et les Touarègues. L’arabe, ayant un support écrit, fut rapidement imposé comme langue véhiculaire sans changer pour autant les croyances et les traditions populaires. La population berbérophone est estimée à 30°/° et la langue est encore parlée dans les massifs du nord (Kabylie), du sud-est (Aurès) dans les régions du tell algérois et oranais. En Libye, les groupes berbérophones qui habitent dans les montagnes et les oasis manifestent une résistance en absence d’une reconnaissance officielle à l’instar des autres pays du Maghreb. La Tunisie est le pays du Maghreb qui compte le moins de berbérophones autour de 500 000 à Djerba ainsi qu’au sud et au centre du pays. D’autre part, des milliers des berbérophones vivent dans les grandes villes du Maghreb où ils forment des communautés conservant non seulement leur langue mais aussi une partie de leurs traditions.
L’immense majorité des arabophones actuels ne sont que des berbères arabisés. C’est en tant qu’Arabes et musulmans que les Etats du Maghreb se définissent constitutionnellement. La politique linguistique et culturelle mise en œuvre depuis l’indépendance politique est celle de l’arabisation . La langue berbère n’a aucune place, ni dans le discours, ni dans les pratiques de l’institution. Le berbère, auparavant omniprésent, au cours des siècles, recula devant l’arabe ; mais cette arabisation linguistique, facilité par l’islamisation de l’Afrique du nord, fut accompagnée d’une arabisation socioculturelle aboutissant à une véritable assimilation de la majorité des populations des états Maghrébins. Cette assimilation est si grande que dans certains états (Tunisie, Libye) où le quasi totalité du peuple se dit arabe.
Il existe une histoire préislamique du Maghreb et la langue berbère peut être considérée comme la seule langue autochtone de l’Afrique du nord. L’Afrique du nord peuplée de berbères est devenue un ensemble des pays entièrement musulmans et très largement arabisés. L’arabité des pays maghrébins est donc une donnée historique, relativement tardive. Les nouveaux pouvoirs cherchèrent plutôt à réaliser l’unité nationale qu’à aider les aspirations régionales. Leur adhésion à la ligue arabe, leur politique d’arabisation fondée sur une scolarisation intensive oblitérèrent le caractère et l’identité berbère de la population du Maghreb.
Pendant la période coloniale, la langue arabe fut réduite au bénéfice de la langue française au Maghreb. Par souci de l’indépendance culturelle, les dirigeants nationaux, voulurent restaurer la langue arabe après l’indépendance. La diversité linguistique est considérée comme une menace pour l’unité nationale. L’unification linguistique était considérée primordiale pour parachever la construction et l’unité de la nation. Ainsi l’Arabisation les pays du Maghreb, comme confirme Gilbert Grandguillaume dans Arabisation et politiques Linguistiques au Maghreb est souvent présentée comme la face culturelle de l’indépendance, élément complémentaire de l’indépendance politique et économique . L’arabisation visait à répandre l’utilisation de la langue arabe dans l’enseignement, l’administration et l’environnement. La langue arabe fut restaurée comme véritable langue de l’enseignement, de la communication dans le domaine administratif et dans l’environnement, c’est à dire dans les lieux et les situations où la langue est utilisée, notamment dans les mass medias, dans les activités culturelles et aussi par les autres éléments du paysage culturel, tels que les enseignes des magasins, les plaques de signalisation routière…
En 1980 la question berbère fait la une de l’actualité par les événements du printemps en Kabylie. Le printemps berbère fut l’indice de l’émergence d’une revendication identitaire dans un pays où la langue arabe fut érigée en principe constitutionnel comme la seule langue du pays . Depuis 1980 ce principe fut contesté par les militants du mouvement berbère qui fut à l’origine du renversement du monopole politique, idéologique et culturelle de la langue arabe. La mobilisation populaire en Kabylie pour la reconnaissance de la langue berbère fut manifestée par un boycott scolaire, par des manifestations et par plusieurs grèves générales. Cette revendication, qui est profondément ancrée en Kabylie depuis l’ouverture politique de 1989, fut traduite par une série de concessions comme la création des départements de berbère dans les deux universités de la Kabylie, l’introduction du berbère à la télévision, l’enseignement de la langue berbère et la création du haut commissariat à l’Amazighité. Le pays voisin de l’Algérie, le Maroc entama une politique visant à généraliser l’enseignement de la langue amazighe. En coordination avec le ministère de l’éducation nationale, l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) lança une formation des enseignants qui seront chargés de l’enseignement de cette langue avec comme cible la couverture de tous les niveaux dans le primaire et le secondaire à l’horizon 2008.
Le berbère qui veut aujourd’hui accéder au rang de langue officielle devra passer par une phase de normalisation conduisant à une codification des structures linguistiques. Il s’agira de gommer les différences régionales, au profit d’un parler ou d’un groupe de parlers pour favoriser l’émergence d’une langue commune, instrument de communication et de culture entre les différents groupes berbérophones. A cet égard, un grand progrès fut achevé au Maroc avec la standardisation de la langue amazighe avec la reconnaissance internationale de l’écriture Tifinaghe par l’organisation internationale de normalisation . Actuellement, la langue berbère est reconnue au Maghreb au niveau constitutionnel parallèlement avec le début de l’enseignement de cette langue dans les écoles publiques et son utilisation dans les médias publics. Avec la généralisation de l’enseignement publique de cette langue et vu que la majorité de la population du Maghreb est d’origine berbère, on peut envisager la diminution du caractère arabe des pays du Maghreb dans les années à venir avec une majorité écrasante des marocains parlant cette langue.
Les Maronites et les Coptes
Les maronites sont les chrétiens qui se groupèrent autour d’un prêtre, Marron, et qui adoptèrent son mode de vie. Ils forment une communauté chrétienne appartenant au rite oriental du Liban. Cette communauté parlait à l’origine la langue syriaque qui était un dialecte de l’araméen. Le mot copte qualifie à la fois une langue, un peuple, un rite et une église. Avant la conquête arabe, l’Egypte était peuplé des chrétiens et son sol était recouvert des églises et des monastères. Les Coptes sont les héritiers de l’Egypte chrétienne qui était une province de l’Empire byzantin avant la conquête arabe . La langue copte est la seule descendante de l’Égypte ancienne. L’Egypte arabe naquit lorsque le pays fut atteint par le grand élan des conquêtes. La fraction de la population égyptienne moderne qui serait d’origine arabe est estimée à 6 °/°. Les coptes représentent, en Egypte, le cinquième de la population, soit cinq millions de chrétiens purement égyptiens, non arabisés . L’arabisation de l’Egypte est d’abord l’abandon progressif de la langue copte pour l’arabe. Le phénomène fut très rapide dans le domaine administratif où le grec était utilisé. La naissance d’une importante littérature chrétienne au huitième et quatorzième siècle acheva de réduire le copte à l’état de langue moins pratiquée et bientôt morte. L’arabisation progressa avec l’islamisation de l’Egypte qui conduisit à la discrimination des coptes à tous les échelons hiérarchiques et à la dissolution de leur identité. En gros, avant la conquête arabe, les chrétiens du Proche-Orient disposait de trois langues : le grec, le syriaque et le copte. Avec la conquête arabe, la situation se modifia profondément, l’arabe tendant à se substituer petit à petit au grec, au copte et au syriaque. Le grec et le copte ne sont donc plus des langues littéraires vivantes, mais seulement des langues liturgiques mortes.
En somme, le terme arabe désigne donc des populations descendantes d’origine différentes (berbère, copte, maronite), auxquelles la conquête arabe imprima le triple cachet de sa langue, de sa foi et de ses mœurs . La définition du terme arabe est liée aux facteurs linguistiques, politiques et culturels. L’appartenance a un des pays de la Ligue arabe, le fait de parler l’arabe comme langue maternelle, l'attachement aux coutumes et rites arabes sont des éléments qui se convergent pour forger l'identification arabe. Etre Arabe est une caractéristique civilisationnelle et culturelle plutôt qu’une marque raciale. Etre Arabe signifie que l’on est originaire du monde arabe où la langue officielle, les traditions, les mœurs et les valeurs sont communes et façonnés par l’outil linguistique unificateur. La civilisation arabe rassembla musulmans, chrétiens et juifs. Elle unifia Arabes, Africains et Berbères. Les musulmans, de même que les chrétiens et les juifs participaient à la grandeur de la civilisation arabe.
Références bibliographiques :
Monteil, V. Les Arabes. Paris : PUF, 1959
Chaker, S. Les Berbères Aujourd’hui. Paris : L’Harmattan, 1998
Grandguillaume, G. Arabisation et politiques Linguistiques au Maghreb.
Paris : Editions Maisonneuve Et Larose, 1983
Tiyah, E. The Arabs. Edinburgh: R&R Clark LTD, 1955
Auteur
Mohamed Benitto est doctorant à l’Université de Paris 8. Sa thèse porte sur les relations raciales en Grande-Bretagne : La communauté arabe et la question interculturelle.
saurce :www.tamaynutfrance.org