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Kadhafi: Un prédateur à Paris
Par ayour Il ya 10 Mois
LA FRANCE reçoit aujourd’hui, et pour la première fois depuis trente ans, le président libyen Mouammar Kadhafi. Il s’agira avant tout, au cours de cette visite de cinq jours, de renouer les liens commerciaux entre les deux pays. Si le gouvernement français n’a aucun "tabou" concernant les ventes d’armes à la Libye, pour reprendre les termes de David Martinon, porte-parole de l’Elysée, qu'en est-il du dossier des droits de l’homme ? La Libye a ratifié plusieurs traités internationaux - Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, etc. -, mais force est de constater que les libertés individuelles ne sont toujours pas respectées dans le pays. Depuis la levée définitive, en septembre 2003, de l’embargo adopté par les Nations unies dix ans plus tôt, la Libye s’est progressivement rapprochée des pays occidentaux pour relancer son économie et, tout particulièrement, son tourisme. En revanche, peu de progrès ont été enregistrés dans le domaine politique. Le régime libyen reste insensible aux critiques des organisations internationales. Il n'en est pas toujours de même avec ses partenaires économiques, comme en témoigne, par exemple, la récente affaire des infirmières bulgares. Alors profitons-en !

Ironie du sort, le numéro un libyen est reçu à l’Elysée le 10 décembre, journée internationale des droits de l’homme. Cette visite du "Guide suprême" doit être l’occasion de l’interpeller sur l’absence de pluralisme politique - comme médiatique - dans son pays et lui rappeler ses engagements internationaux en matière de droits de l’homme. Jusqu’à présent, l’un des plus anciens dirigeants au monde se montre réticent à mettre en place de véritables réformes. Il faut le rappeler : oser le critiquer est un crime de lèse-majesté qui peut conduire n'importe quel Libyen en prison. A tel point qu'aujourd'hui encore, personne ne s’avise de le faire. Le culte de la personnalité bat son plein : les portraits du Guide jalonnent les principales rues des grandes villes du pays, ses moindres activités font la une des grands journaux. Le principe de "démocratie directe", mis en place il y a plus de trente ans, sert toujours de prétexte pour empêcher la création de partis d’opposition et de médias indépendants. Trois des quatre principaux quotidiens sont financés par l'Office général de la presse, un organisme dépendant du ministère de l'Information. Le quatrième appartient au Mouvement des comités révolutionnaires (MDC), la colonne dorsale du régime. La presse s'essaye prudemment à la critique, en traitant par exemple des affaires de "petite corruption", mais elle se garde bien de franchir les lignes rouges : le Guide et sa famille, le statut des Berbères, ou encore certaines affaires de corruption quand elles touchent de hauts responsables. Alors c'est vrai, Seif al Islam Kadhafi, le fils de son père, a lancé plusieurs médias modernes, jeunes et "branchés". Mais fort peu critiques à l'égard de papa et du régime. L'audace a des limites.

Au cours de ces dernières années, plusieurs journalistes et activistes des droits de l’homme ont été arrêtés, emprisonnées ou assassinés. On est toujours sans nouvelles d'un journaliste, Abdullah Ali al-Sanussi al-Darrat, disparu depuis... 1973. Signer des contrats, gagner des parts de marché, bien sûr ! La France doit faire des affaires comme tout le monde. Mais peut-être pas au prix d'un silence qui finirait par devenir complice.
Robert Ménard et Hajar Smouni/nouvelobs
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