En pleine polémique sur la question de la repentance et du passif du colonialisme, Brahim Labari apporte sa contribution sur ce sujet.
Il y a un débat médiatique qui fait aujourd’hui la Une de plusieurs médias. Il a trait à la dimension identitaire de la France et partant des Français. Qu’est-ce qu’être Français ? Un questionnement de taille à un moment où ce pays s’interroge avec acuité sur l’actualité et la portée de son modèle d’intégration.Il est bien évidemment difficile de faire le tri et de se définir par un référent exclusif, c’est justement la difficulté de la tâche !
Dans un monde d’émigration tous azimut, dans une France recomposée, la légitimité d’une telle interrogation ne fait pas de doute. Mais voilà que cette perche nous tend une véritable occasion de nous positionner face à ce débat. Nous colportons à l’évidence plusieurs appartenances. Notre amazighité est en nous, elle nous commande l’ouverture sur les autres. Notre arabité, nous l’avons rencontré en Afrique du Nord, ce vaste secteur géographique qui, en matière d’éducation et d’acculturation, nous astreint à apprendre la langue arabe, à la manier et à la valider dans notre cursus scolaire. Il en va de notre insertion dans le secteur éducatif « légitime ». Nous ne la rejetons pas, mais nous la questionnement avec l’esprit scientifique qui s’impose. Et voilà que l’histoire de la colonisation et de la décolonisation nous ramène à la francité. C’est une vertu et non un vice, c’est un honneur et non une malédiction d’être français, d’être fier de cette appartenance dans le cadre républicain, véritable creuset de brassage et d’apprentissage.
Je ne suis pas étonné qu’une réflexion soit ouverte à ce sujet, elle est même salvatrice pour ne pas broyer du noir et rester dans l’indétermination identitaire. C’est une richesse de porter sa culture comme un soldat son fusil.
Ma France à moi est celle du respect des autres. L’égalité, la fraternité et la liberté, on le sait, sont des idéaux et non des états de fait. C’est à nous de les faire vivre à notre niveau loin de la morosité et de la victimisation ambiantes.
Si l’on admet que nous sommes tous le produit d’une histoire, d’abord personnelle, émanation de notre prime enfance, il faut aussi reconnaître que nous portons, par notre origine et notre signalétique sociale, l’histoire d’un rapport franco-berbère problématique. Ce rapport est un tout complexe et il est difficile de le réduire à une simple équation comptable au mépris de l’Histoire, des époques et des contextes. Il faut, me semble-t-il, distinguer deux registres :
1°/ Le principe et la justification idéologique du colonialisme.
2°/ Les rapports humains induits par la présence française dans les pays colonisés.
Le premier registre renvoie à des concepts, notions et autres considérations aujourd’hui surannés. Les « missions scientifiques », le « contrôle civil », les « bureaux arabes » ou « l’indigénat » sont des catégories abominables, humiliantes, aberrantes et on peut allonger la liste des qualificatifs de cette teneur. Ce qu’on appelle commodément la pacification n’est rien d’autres que des guerres de conquête avec leur cortège de malheurs et de destructions.
Le second registre concerne la microscopie des rapports humains entre Européens et « Indigènes ». Ces Européens étaient là pour la grandeur de l’empire français. Ils se liaient avec les autochtones dans le respect de leurs traditions et plus souvent dans l’ignorance de leurs condition et aspirations. C’est donc à un tout complexe qu’on a eu en l’occurrence affaire.
Quels prolongements ces deux registres ont-ils aujourd’hui dans notre société française ? Il me semble qu’au-delà de la passion de ce débat d’une réalité enfouie, qu’il existe des représentations sociales qui perdurent. Il y a des sujets qui nous poursuivent, qui hantent notre conscience, échappant ainsi à leur raison d’être fonctionnelle : il faut les mettre aujourd’hui à l’épreuve du réel, c’est-à-dire s’en remettre à cette République garante de l’intérêt général et de l’égalité des chances.
Brahim Labari.
Titulaire d’un Doctorat de sociologie de l’Université Parix X-Nanterre, Membre du Laboratoire CNRS “Genre, Travail et Mobilités"
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